Charles Bruneau et le 747 humain (English version next)

Mon court séjour chez les hommes sans chapeau acheva de me convaincre: j’avais trouvé ma voie et j’avais une petite idée de la marche à suivre pour atteindre succès, gloire et notoriété… Rien de moins!

En fait, il s’était écoulé environ cinq ans entre le moment où j’ai compris que je voulais faire partie d’un groupe de musique dans la vie, peu importe le style, et le jour où j’ai décidé de le faire, effectivement.
En Mars ‘77, Luc me proposait d’aller voir Genesis au Forum de Montréal, mon premier spectacle rock digne de ce nom. En effet, je n’ai jamais été fou des bains de masses et je n’avais encore jamais vu un show rock d’envergure, dans une salle fermée, avec systèmes de son, d’éclairage etc.

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C’était dans le cadre de la tournée “And Then There Were Three”. Pas de Gabriel, pas de Hackett. Alors que la foule faisait un bruit comparable à un 747 qui décolle entre chacune des pièces, je me souviens de m’être passé le commentaire suivant: « Comment est-ce que si peu de personnes — Genesis n’étaient plus que trois plus deux musiciens invités — arrivent-ils à susciter autant de réaction de la part d’autant de monde? » — nous étions bien dix huit mille ce soir là –.
Je n’avais jamais vu Genesis avec Gabriel, je ne pouvais donc pas comparer, mais j’ai trouvé Collins des plus sympathiques et je ne revenais pas de l’aisance dont il faisait preuve à faire participer la foule en les faisant chanter toutes sortes de canons et autres artifices de chorale non des plus simples, en divisant la salle en sections, leur faisant assurer chacune leur truc.

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Genesis aujourd’hui: Rutherford, Collins, Banks.

Bref, je suis sorti du Forum ce soir là complètement collé sur le papier à mouches, passez moi l’expression, et j’y suis resté une bonne semaine de temps ( sur le papier à mouches! ).
En tout cas, mon idée était faite. Il fallait juste que je m’y acclimate.
Je me souviens également de m’être donné dix ans. Dix ans, et je devais faire le Forum de Montréal avec mon groupe, point.
J’avais vingt ans.

Entre parenthèses et pour la petite histoire, j’ai tenu parole, mais bien malgré moi! On a effectivement fait le Forum en ‘87, mais j’étais contre à 100%, convaincu que nous n’étions aucunement prêts à tenter l’aventure. J’ai plaidé en vain pour jouer deux soirs au St Denis, mais
« Cats », le show de Broadway, était planté là pour un an solide. Quant au Spectrum, on y aurait joué une fois de plus qu’on aurait fait partie des meubles… Va pour le Forum.

Un trip qui m’a complètement dépassé d’ailleurs et que je n’ai jamais eu l’occasion d’apprécier pour ce qu’il était, c’est à dire un premier spectacle dans l’arena majeur de notre propre ville, un évenement important entre tous dans ma vie, et ce pour deux raisons. La première prenait sa source environ un an plus tôt, lorsque LEUCAN nous avait approchés pour écrire deux chansons thèmes pour une vaste campagne de levée de fonds, une en français intitulé « Des enfants comme les autres », et l’autre en anglais, « Closer Together ». Il s’agissait également de faire une espèce de vidéo-cassette sur le thème de l’esprit d’équipe, avec le concours du Canadien ( fort de sa coupe Stanley édition ‘86 ), de Martine St Clair ainsi que de quelques enfants de Ste Justine, tous atteints de leucémie et en cours de traitement.
( Francis a mis quelque chose à ce sujet sur U tube, toujours sous mon nom. )

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Un de ces enfants était Charles Bruneau, fils de Pierre Bruneau, chef de pupitre bien connu. Je dis était parce qu’il est effectivement décédé quelque temps plus tard — je salue le courage dont ses parents et son petit frère ont fait preuve. — Entre temps, je me suis retrouvé jumelé à Charles dans un programme de parrainage en vertu duquel certains médias couvriraient, par exemple, une de mes visites chez lui à l’hôpital, notre présence à un match du Canadien…Vous voyez le genre…Histoire de mousser la cause de LEUCAN, son état de santé permettant.

En effet, son état n’était pas toujours égal. Il connaissait de bonnes et de moins bonnes journées. Une chose est sûre, pour l’attaché aux relations publiques de LEUCAN, le concert de The Box au Forum représentait une occasion en or de faire un peu de remue ménage médiatique, et on eût l’idée de faire passer l’après midi au jeune Charles en ma compagnie, dans les coulisses du Forum et de nous assigner une équipe de tournage chargée de prendre des images des différents préparatifs en vue du spectacle prévu pour le soir même.
Charles n’avait pas eu le choix de sa journée cette fois là, et ça se trouve qu’il ne filait pas particulièrement bien. Personnellement, je le voyais fatiguer d’heure ne heure et chaque nouvelle petite mise en scène à laquelle nous nous prêtions à la demande du réalisateur, devenait de plus en plus ardue. Je ne sais pas si c’est parce que j’avais appris à connaître le petit plus que les autres personnes présentes, mais j’ai bien senti qu’il commençait à peiner réellement, au point où j’ai suggéré à l’équipe d’en rester là et de le laisser récupérer. Nous sommes allés seuls dans un délicatessen un peu plus loin sur Ste. Catherine attendre que sa mère vienne le chercher.

Ça peut paraître exagéré quand je raconte ça comme ça, mais de voir ce petit bonhomme aux prises avec une maladie aussi grave faire ce qu’on demandait de lui sans rechigner tout en sachant fort bien qu’il s’en allait poursuivre son combat pour sa survie dans sa chambre d’hôpital, au quotidien, longtemps après que les caméras, les micros et l’attention bienveillante de tout le monde se soient tournés vers autre chose…
Pas besoin de vous dire que mon premier show de The Box au légendaire Forum de Montréal m’est apparu comme ayant perdu pas mal de son importance suprême tout d’un coup.
Je l’ai dit plus tôt, se comparer à d’autres des fois…

La deuxième raison, c’était le fameux concours pour « gagner la guitare verte de The Box »… Alors si vous m’avez déjà entendu parler de ce dont certains ” cutifs ” — comme dans exécutifs — de l’industrie du showbizz sont capables quand on n’est pas là pour surveiller leur moindres faits et gestes, en voici un autre brillant exemple:
Au cours de l’année précédente au concert du Forum, le groupe avait donné je ne me souviens plus combien de spectacles mais ça faisait beaucoup. Pour contrer le caractère super répétitif de ce genre de tournée, nous improvisions des situations sur scène que, tout dépendant de la réaction du public, nous répétions ensuite soir après soir jusqu’à la prochaine trouvaille.
Il se trouve qu’on traînait une guitare électrique verte en tournée, branchée dans un minuscule ampli au son des moins superlatifs, et que je gratouillais sur quelques mesures en guise d’intro d’une des chansons. Ce petit numéro d’auto-dérision visait à mettre en valeur l’ampleur impressionnante du son de Claude au moment où celui-ci m’emboîtait le pas et m’enterrait complètement sous une tonne de briques, pour utiliser une expression de guitariste, justement !
Prétendant renoncer devant une telle concurrence, j’allais tranquillement replacer la guitare verte sur son pied l’air de dire ça va, j’ai compris, et je n’y touchais plus du spectacle.

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Un soir, comme ça, au lieu d’aller remettre la guitare verte à sa place, je décide complètement à l’improviste d’offrir à quelqu’un dans la salle, n’importe qui, de venir en jouer pour la prochaine pièce.
Hésitations dans le public. Je rassure la salle, c’est une des pièces que tout le monde connaît, trois accords pas plus, super simple et en plus, Claude est là pour assurer.
Au milieu de la salle, un chinois, le sourire fendu d’une oreille à l’autre, se met debout et lève la main.
Il arrive sur scène, je lui tends la guitare — verte, l’ais-je assez dit ?– Claude le coache en trois mouvements et hop! On fait Walk Away avec notre Boxon improvisé. Lui se fend la poire tout le long, la salle adore et c’est tout juste si elle n’exige pas qu’il reste pour la suivante…
Même chose le soir d’après… Et le suivant…
On a eu des gars, des filles, des virtuoses, des débutants, des show man naturels, des timides… Tant que je faisais mon truc de manière convaincante, les gens ne voyaient rien venir et croyaient le tout improvisé et ça marchait à chaque fois. Et puis d’une certaine façon ça l’était, improvisé, comme je n’étais jamais sûr de ce que la salle allait m’envoyer d’un show à l’autre. J’aurais pu me retrouver avec un gorille saoul qui me l’aurait pètée sur les dents, la guitare verte, au lieu d’en jouer gentiment ! Les gens auraient peut-être adoré encore plus, mais bon…

Le soir du Forum, je doute de la pertinence du numéro. La salle est immense, il y en aura 24, des guitar heroes en mal de s’illustrer, il va falloir que je choisisse… Le chemin pour monter sur scène demande qu’on passe backstage, ça pourrait prendre une éternité avant de voir notre élu arriver, les agents de sécurité pourraient ne pas obtempérer… Bref pour moi, ce n’est ni le moment ni l’endroit, c’est règlé.

On est dans la loge, une heure avant le show, en train de se préparer à donner notre concert le plus stressant en carrière, avec la presse et la télé montréalaise en salle, nos pères, nos mères, la famille directe et moins directe, des amis qu’on a pas vus depuis la petite école, mon garagiste portugais qui me demande à chaque fois c’est pour quand la Ferrari, la serveuse du restaurant du coin qui ne jure que par Céline et a horreur de la musique bruyante, les matantes qui vont rentrer ce soir là et dire que c’est dommage, on entendait pas les paroles pis que le son était ben trop fort, hein Yolande, tu trouves pas ? — QU’EST-CE TU DIS, J’ENTENDS RIEN, MES OREILLES BOURDONNENT ENCORE !!

…On est en train de se concentrer un peu, dis-je, quand notre “cutif ” préféré — dont je tairai le nom — arrive nonchalamment dans la loge en faisant tourner ses clefs de BM avec un air de dire attendez que je vous annonce le petit coup de marketing pas piqué des vers que je vous ai fignolé à la dernière minute, aujourd’hui.
-Ha oui…Quoi donc ?
-T’auras pas besoin de choisir quelqu’un dans la salle ce soir pour jouer Walk Away, on l’a fait tirer.
….!!
-Comment vous avez pu le faire descendre si on sait même pas encore c’est qui? demandai-je, l’air de dire si tu pouvais parler français comme du monde une fois de temps en temps, on pourrait peut être comprendre whatever the fuck it is que t’essaye de nous dire, calvaire…
-J’ai organisé un concours avec XYZRadio. Le téléphone a pas dérougi de la soirée. On a notre gagnant!
………!!!!!
Dure à croire, mais figurez vous que ces Einstein de la promo avaient imaginé un tirage au sort par le biais duquel le X ième appel téléphonique à rentrer suivant la mise en ondes d’une de nos chansons méritait à la personne au bout du fil de monter sur scène jouer Walk Away avec nous ce soir là au Forum. En plus, elle — ou lui — repartait avec la « fameuse guitare verte ».
…Absolument authentique…
Bien évidemment, ça ne leur est jamais passé par l’esprit que cette mise en scène ne pouvait marcher que si elle avait l’air complètement improvisée, là, sur place. Encore moins le fait que leur gagnant pouvait très bien ne pas savoir jouer de la guitare du tout mais avoir participé quand même juste pour la gagner. Hein?
Comme de fait. Rendu a Walk Away dans le show, on aperçoit un fille de 25 ou 30 ans, escortée de notre cutif, bien plantée sur le côté du stage. On l’accompagne sur scène, on lui accroche la guitare dans le cou et elle ne sait absolument pas quoi faire de cette chose verte. En plus il a fallu que je marmonne deux trois nullités au micro à propos de ce concours et de la station de radio d’où ça émanait sans quoi les gens n’auraient absolument rien compris de ce qui se passait sur scène à ce moment là.
J’étais tellement envahi par l’extraordinaire absurdité de ce mercantilisme sans cerveau tellement typique du showbizz que je n’ai même pas eu la présence d’esprit de raccompagner la jeune femme et son prix vert en coulisses au plus vite, qu’on en finisse avec ce pet intellectuel. Je crois qu’elle est restée là tout le long de la chanson, interdite la pauvre, à attendre que ça finisse.

Finalement, c’est la petite leçon de vie que j’avais reçue de Charles Bruneau et l’enthousiasme de la foule qui ont fait le show. Je suis pas fier de le dire, mais si je ne m’étais pas botté le cul en pensant à eux tout au long du spectacle, je crois que je me serais mis sur le pilote automatique et j’aurais attendu que le temps passe. Mais j’ai reconnu ce bruit de 747 qui décolle trois ou quatre fois pendant le show, même après le navrant épisode de la guitare verte, et c’était juste le fix dont j’avais besoin pour garder le rapport avec l’audience intact, malgré tout.

De retour en ‘81 avec Pino et Rako la prochaine fois.

Bonnes Fêtes à tous ! / Best wishes to all !

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…Et j’en profite aussi pour vous dire que le Horla progresse à mon entière satisfaction ( normal, c’est un album progressif… bedoum pich! ).
Amusez vous bien et rappelez-vous que le Champagne est en tête de liste des coupables du mal de bloc.

I’m happy to report that the album is coming along just fine, by the way.
Have fun and remember, Champagne is the number one culprit of boxing day hangovers.

Ciao and cheers !
JM

Stint without a hat…(Français plus bas)

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Ivan Doroschuck ( let’s say the spelling is right ) and I attended a German class together at Collège Stanislas and although we were no more than acquainted at the time, it was great fun to bump into each other after a few years in a BBQ house near legendary Café Campus in Côte des Neiges. This was winter of ‘80. Eric, fresh out of the hospital where he had spent a few months following our bike crash, was staying at my place so he didn’t have to spend all day crippled and alone in his Dorval home. We would spend the night out once in a while ( or was it every damn night…) gulping coffee upon coffee at the said BBQ house, scratching cartoons by the hundreds on paper napkins. Luc was still at the Vic and nowhere near being sent home any time soon.

In comes Ivan barging through the restaurant front door sporting a Walkman ( just out, btw! ) blasting the latest Cure cassette…( ! ), a headset strung around his neck. He must have seen us sitting there through the large front windows, whatever the case may be, he decided to join us for a coffee…And two…And three…
One thing leads to another, he mentions having formed a little music outfit called Men Without Hats, which does ring a bell… They’ve just released an EP paid for by a band member called Jerry Arobas, another ex Stanislas. They play the hip New Wave / Cold Wave / Post Punk Montréal scene and they’re gathering quite a bit of following and momentum. Hmm…
All of this is of great interest to me so there I am, hitting the guy with a gazillion questions as I realize this Ivan is doing for real what I’d only been fantasizing about for a while, not really knowing where to start from.

Anyways, after an hour and a half of No Hats stories, Ivan turns to us and asks what we’ve been up to.
I tell him about the architecture thing, the motorcycle accident with Luc, this and that and low and behold, who would have guessed it, we make music too !
What?! No kidding ! — What style? — You guys have a manager? — Who’s the singer? — Can we hear anything? — etc.

As luck would have it, we had made a demo of this one song, our first ever, written by Rako in the purest Rako style, words and music.
Track was called Check Point Charlie and went about the tribulations of a cartoon style British spy trapped behind lines in Soviet occupied Berlin at the height of the cold war, trying to escape the Vopos and make it to the west at… you guessed it, Check Point Charlie !

I don’t remember if it was that particular night that Ivan heard the song but I do recall his utmost enthusiasm about it. To the point where he insisted we went back to the studio and rerecorded the track together, thereby putting his own recent experience to contribution.
So we did.
He really liked that tune. And frankly, looking back, I’m not surprised.
Cause if there’s one word to describe Éric’s music, it’s gotta be “unique”. Rako approaches guitar and music itself like no one else I know, or anyone I have known since. See, most beginners at the guitar will take up that instrument for the instrument itself and everything else that comes with it, the imagery, the body language etc. The first thing they’ll do is to pick up all of these ultra simple yet ultra popular guitar riffs — that’s right, Smoke on The Water — than progress towards equally popular albeit more demanding stuff such as Zeppelin, only to end up three or four years of intense practicing later, as a flaming guitar hero who can do all the Rock clichés one after another at 2000 notes per second.
It sure is one way to learn to play the guitar, but the minute you start writing stuff of your own and you want to make sure it sounds original and personal, chances are you’re going to have to unlearn all of this R&R vocabulary which, by then, has become almost automatic to you.
Éric, on the contrary, could not have cared less about guitar heroism, I assure you. The guitar was an instrument ( as in tool ) with which he could throw a musical idea, twisting it around on the neck for a while, always taking the sneakiest path from chord A to chord B while remaining bizarrely melodic. The more bizarre, the better, leading to more investigating on his part and so on. The result was inevitably original and always cliché free.
Moreover, since he wrote stuff alone most of the time, without any harmonic support from a band, his playing had to fulfill rhythm, bass and lead, all at once. Check Point Charlie was a brilliant example of that.
Remove all from that song except the vocals and it stands by itself no problem with the guitar only.
Add to that a touch of Rako style musical dementia and presto.
If you’re in a band, you want a musician like that…If you know when you see one, of course.

Back at the BBQ house. One night, Ivan comes straight to me with news that Men Without Hats has just signed with a British label called Stiff Records. The New York branch is putting a US east coast tour together and the band needs an extra keyboard player to do the songs live;how about I joined in ?
Hmmm…
Sometimes, life reaches out to you and you got to decide whether you’re gonna sit on your fat ass…
A few days later, I was hammering away at synth-bass lines and sequencer like arpeggios with Jerry ( whom I was to become good friends with ) at my right with a keyboard rack of his own and Ivan in front, between the both of us with yet another poly-synth. No drummer, no bass player; Needless to say the sound could not exactly be labeled ” organic “!! Stephen, Ivan’s brother played some guitar and violin.
( Francis did put up a little gem on Utube, straight from that period. Type my name and there you have it, me doing the pigeon dance !)
Boston, New York, Washington… The stinky feet, the loud farts, the stolen gear, the shitty ( literally ) hotel rooms, the fast food, the rotten performances, name it… A young band on the road.
But one event really stood out for me, the night we opened for The Stranglers in Toronto. They were scheduled to play twice, the same night, at the Masonic Temple, for two different crowds. So we would get to open twice also. No problem.

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There’s only one dressing room which we share with The Stranglers but they’re not in from the hotel yet as we get our showtime call. I remember walking on stage and all you could see was an forest of spikes this tall from the monitor line all the way to the entrance doors. A crowd of punk zombies with their fists in the air, booing. And here we are, getting ready to play dressed in neat little pastel outfits straight from a New Wave boutique on St Denis street complete with curly hairdos and shiny little musketeer boots…

Then the rain started. An uninterrupted drizzle of spits started pouring on us, into the keyboards, on our faces, everywhere… Here we are, hammering away in this goo of varying degrees of viscosity. Then, small change starts to land on stage, quarters, nickels, whatever.
It’s a good thing loonies and toonies weren’t in production yet cause I’ll tell you, even a penny that knocks you in the head delivers quite a pinch. All this on a constant background of booing and ranting as loud if not louder than the sound system itself ! And Ivan — I admire his courage — pouring oil on the fire goes on to tell this crowd of die hard punk rockers that spikes and dog collars are totally passé!!…
Flish-flish-flish !!

A half hour of this crap and we walk off stage completely wet from the waist up. The Stranglers had arrived from the hotel and were relaxing in the dressing room as we came stumbling in, dripping in goo, with a stunned look on our faces. Thing is they didn’t seem surprised nor the least bit worried which led me to suspect — judging by their hardly concealed smirks of amusement — it wasn’t the first time they saw their opening act get this sort of treatment. Needless to say they went on to play for a roaring crowd which showed them… nothing but utter respect.
Be that as it may, we had yet to get back on stage for the second time and I harboured no illusion as to the outcome of this exercise in futility. Twice in one night ! That, The Stranglers had never seen yet and this time, they made no effort to conceal their hilarity.

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The Masonic Temple, Toronto

To cut a long story short, I always thought Ivan an excellent songwriter and a rather likable chap. But it also became clear that we would never see eye to eye on certain things — which is cool — and my urge to start my own thing was getting harder to contain by the day. So I left MWH just in time for Luc’s discharge from the hospital ( with both his legs by the way ) at the end of the summer of 81, almost a year after the bike accident.

The embryo of The Box was about to take shape. Pino, Rako and Zapo were back together and we had a plan which led to another memorable experience. More about that next time.

JM

Passage chez les Hommes Sans Chapeaux ( english translation coming up )

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Ivan Doroschuck ( il me semble que ça s’écrit comme ça ) et moi partagions une classe d’allemand au Collège Stanislas et bien qu’on ne se connaissait pas plus que ça, ça nous a fait bien plaisir de tomber l’un sur l’autre, par hasard, dans une rôtisserie de Côte des Neiges près du légendaire Café Campus, l’original. C’était pendant l’hiver 80, Éric était venu habiter chez moi à sa sortie de l’hosto histoire de ne pas rester seul dans sa piaule à Dorval. Le soir, on se permettait une petite sortie pépère à la mesure de notre mobilité réduite, à boire café par dessus café et griffonner des barbots sur des napperons. Luc était encore au Royal Vic et allait y rester encore un bout de temps d’ailleurs.
Toujours est-il que voilà Ivan qui fait son entrée à la rôtisserie, un Walkman à la ceinture ( ça venait de faire son apparition! ) avec la dernière cassette des Cure dedans et des écouteurs dans le cou. Je ne sais pas s’il nous avait aperçus par la vitrine où quoi, mais il est venu prendre un caf avec nous, pis un autre, pis un autre… De fil en aiguille il nous parle de son groupe, Men Without Hats…Ça me dit bien quelque chose… Il a sorti un EP avec le concours d’un certain Jerry, un autre ancien de Stan, ils jouent la scène New Wave - Cold Wave - Post Punk et ils sont en train de se bâtir un petit public bien à eux.
Tout ça m’intéresse vraiment beaucoup et je le bombarde de questions parce que malgré que je sois encore en train de branler dans le manche, je n’ai qu’une envie et c’est de me lancer dans le même genre d’aventure, sans trop savoir par où commencer.

Après avoir fait le tour de la question pendant deux heures, c’est à son tour de s’informer de nous: Qui l’eut cru ?! Qui l’eut cru !! Nous aussi on fait de la musique - ben voyons donc - quel genre? - avez-vous un gérant? - on peut entendre quelque chose? - qui est-ce qui chante? - etc.

Comme de fait, on avait un démo de la toute première toune qu’on ait jamais faite intitulée Check Point Charlie, une musique on ne peut plus “Rako”, écrite par lui d’ailleurs, paroles et musique et qui raconte les angoisses d’un espion britannique de bande dessinée, traqué par les Vopos dans la zone soviétique de Berlin, en pleine guerre froide, et qui cherche à passer à l’ouest au poste frontière du même nom.
Je ne sais plus si c’est ce soir là qu’on a fait entendre CPC à Ivan, mais je me souviens de sa réaction et elle était fort enthousiaste, au point de vouloir refaire le démo avec nous et nous faire bénéficier de son expérience.

Une réaction pas surprenante, au demeurant.
Parce que si’l est une chose qu’il faut dire à propos d’Éric, c’est qu’il a une façon tout à fait unique d’aborder la musique en général et la guitare en particulier. Ça fonctionne à peu près comme ceci… D’après moi, du moins !
La plupart des guitaristes abordent la guitare — électrique, particulièrement — pour la guitare elle même et tout ce qui vient avec en terme d’imagerie, de body language et tout le reste. Le premier souci du guitariste débutant c’est d’apprendre le plus rapidement possible, les riffs de guit les plus simples et les plus connus du monde — qui a dit Smoke On The Water…? — pour ensuite progresser vers des choses toutes aussi connues mais plus exigeantes, mettons genre Zeppelin, et enfin, être à même de maîtriser tous les clichés Rock possibles et imaginables et ce, à deux mille notes par secondes.
C’est une façon comme une autre d’apprendre l’instrument, mais le guitariste soucieux de composer une musique originale, particulière à lui, devra faire abstraction de — voir désapprendre — tout ce vocabulaire musical emprunté. Pas une mince affaire, j’imagine.

Chez Éric, c’est exactement le contraire. Bien qu’il ait sûrement accroché par mégarde les quatre accords de la Prison de Londres une ou deux fois comme ça, Éric n’en avait ni pour l’imagerie ni surtout pour le body language, je vous assure. Il pondait plutôt un riff dans sa tête plus ou moins intuitivement, allait le cafouiller le temps qu’il faut sur le manche de sa guit en empruntant de préférence le chemin le plus tortueux entre une note et une autre, mais tout en restant bizarrement mélodique. Plus le résultat était bizarre, plus ça le motivait d’en rajouter, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il en ait fait le tour. Zéro cliché. Originalité garantie. De plus, comme il jouait le plus souvent seul ( sans band ) son jeu de guitare remplissait tous les rôles. Basse, rythme et lead, tout en même temps. Check Point Charlie par exemple, enlevez tout sauf la voix et la toune tient parfaitement debout juste avec la guit.
Ajoutez à tout ça une touche de démence sympathique, souvent plus loufoque que simplement sombre et voilà. Tout groupe qui commence veut un musicien de ce genre là dans ses rangs…S’il sait le reconnaître, bien sûr.

De retour à la rôtisserie; un soir, Ivan me lance carrément que Men Without Hats vient de signer avec un label Anglais du nom de Stiff Records
– Ha ha, très drôle — dont le bureau de New York organise une tournée de la côte est américaine prévue pour l’été 81. Il manque un keyboard pour compléter le groupe, est-ce que ça m’intéresse…
Je peux pas, j’ai un souper… …

Quand on dit qu’une fois de temps à autre, la vie vous tend une perche… Quelques jours plus tard, je me retrouvais derrière un super synthé full polyphonique, programmable avec clavier à distance relié par un fil gros comme le pouce ! À côté de moi, Jerry Arobas — c’est son nom — sur un autre rack et devant nous, au milieu, Ivan, également derrière un clavier. Pas de basse, pas de batteur. Stéphane, le frère cadet d’Ivan s’occupe du peu de guitare qu’il y a à faire. Inutile de vous dire que le son n’avait rien d’organique, pour utiliser un mot bien à la mode ces temps-ci.
C’est Francis qui a mis des choses de cette époque sur U tube. Tapez Jean Marc Pisapia et me voilà, boutonneux et sans barbe en train de faire la danse des pigeons!
Boston, New York, Washington… Tous les clichés associés à un jeune groupe qui prend la route sont présents. Du tout nouveau pour moi quoique rien d’extraordinaire sauf peut-être pour la première partie des Stranglers à Toronto; Il se trouve que ces derniers jouent deux fois le même soir au Masonic Temple. Donc on fait la première partie deux fois aussi. Pas de problème. On partage la loge avec eux mais ils ne sont pas encore arrivés quand on nous fait signe d’y aller. Je me rappelle de monter sur scène et de voir une salle hérissée de pics hauts comme le bras de la ligne des moniteurs jusqu’aux portes d’entrée. Une foule de punks à têtes de zombies, le poing en l’air en train de huer. Et nous on s’installe derrière nos claviers avec nos petits vestons Le Château couleur pastel, nos cheveux coiffés et nos mignons petits bottillons mini- mousquetaire…

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C’est alors que la pluie commence. Une pluie drue et ininterrompue de crachats qu’on voit très bien descendre sur nous à contre jour des spots. Ça tombe sur — que dis-je ? — dans les claviers, partout. On pianote là dedans à qui mieux mieux et il y en a de toutes les couleurs et même d’un certain choix de viscosité. Ensuite les premières poignées de change commencent à arriver. Moins dégueux mais plus raide aussi. Un 25¢ direct dans le front, ça pince. Heureusement qu’à l’époque, les 1$ et 2$ n’étaient pas encore frappés, quoique ç’aurait peut être valu la peine de passer le balai à la fin du show. Tout ça sur fond de huée constante, au moins aussi forte que le système de son. Et Ivan — je salue son courage — qui en rajoute en leur lançant que le look punk et les pic-pics, c’était l’année dernière!…
Flish-flish-flish !!

Une demie heure, ce cirque. On est sortis de scène couverts de mollards de la taille en haut.
Entre temps, les Stranglers étaient revenus de l’hôtel et relaxaient dans la loge. En nous appercevant, ils se sont montrés très solidaires, sympathiques et encourageants mais quelque chose me dit, à leur air hypocritement amusé, que ce n’était pas la première fois qu’ils voyaient leur première partie revenir dans cet état. En tout cas, ça n’avait absolument pas l’air de les surprendre ni de les inquiéter le moins du monde. Ils sont montés sur scène à leur tour et ont en effet complètement subjugué la foule et leur ont imposé un respect quasi sectaire !
Bref, tant mieux pour eux; sauf que nous, fallait qu’on y retourne une deuxième fois, au casse pipe et on ne se faisait pas d’illusion sur ce qui nous attendait.
Deux fois dans la même soirée, nos étrangleurs, ils avaient jamais vu ça et ils ne se cachaient plus du tout pour se poiler comme des lutins. On a pas eu de choix que de leur emboîter le pas et d’en rire aussi.

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Le Masonic Temple de Toronto

Longue histoire courte, j’ai toujours trouvé qu’Ivan était un excellent songwriter et un personnage plutôt sympathique. Mais il est devenu assez clair aussi que nous ne verrions jamais eye to eye sur certaines choses — ce qui est de bonne guerre, au demeurant — et ma volonté de monter mon propre truc se faisait de plus en plus pressante.
Mon expérience avec les Hats avait été des plus fertiles et malgré une amitié solide qui s’était développée entre Jerry et moi, j’ai tiré ma révérence aux sans chapeaux dès notre retour à Montréal, vers la fin de l’été 81.
Près d’un an suivant notre accident, Luc était sur le point de sortir de l’hôpital — avec sa jambe — et Éric paraissait sorti d’affaire sans nul autre besoin qu’une canne.

L’embryon de The Box a pris forme dans les mois qui ont suivi par le biais d’une autre expérience mémorable entre Rako Pino et Zapo, même si on ne l’a pas vécue tout à fait de la même manière.

La suite bientôt…
JM
P.S. Dès que j’ai une seconde, je demande à Ultraman de placer un MP3 de Check Point Charlie quelque part. D’autres goodies suivront.

Versions…

Salut tout le monde.
Notez que les versions anglaise et française sont toutes deux bien présentes. Il suffit de dérouler un peu la page vers le bas pour y voir le français, celui-ci ayant été posté en premier.
Je pousse sur l’écriture de l’album en ce moment donc la suite du récit des aventures de Rako Pino et Zapo prend le second rang mais ça viendra. Confiance…
JM